L'entraînement au vol sans visibilité des pilotes de chasse de la Marine
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| Les missions principales de l'escadrille sont de deux ordres : entraînement au vol IFR et exercice plastron pour le compte des pilotes de la chasse embarquée. © Focus Defense |
"Implantée depuis 1981 sur la base aéronavale de Landivisiau, l'escadrille 57S est le point de passage obligé pour tous les pilotes de chasse de l'aviation embarquée", explique le Capitaine de corvette Stéphane Crouzier, son commandant et ancien pilote de Super Etendard. "Ici, nous formons les jeunes pilotes de chasse aux techniques de la navigation IFR spécifiques à l'aviation militaire et civile (circulation générale), tout en participant au maintien des qualifications VSV des pilotes opérationnels". Ainsi, chaque année, l'escadrille 57S prend en charge dix jeunes pilotes pour les former au vol sans visibilité (VSV) et quarante pilotes confirmés pour le renouvellement de carte.
Le programme dispensé vise à standardiser les connaissances et les méthodes des techniques de pilotage aux instruments, plus communément appelées le vol IFR (Instrument Flight Rules). Cette étape obligatoire, présente néanmoins une charge de travail importante qui vient se rajouter à une activité déjà intense d'instruction pour les jeunes pilotes fraîchement "macaronnés".
Avec un parc de six avions Falcon 10 MER (Marine Entraînement Radar), l'escadrille compte vingt-quatre personnes, dont dix moniteurs-pilotes. Pour la majorité des cadres, ils proviennent des flottilles de chasse de l'aviation embarquée. Une culture indispensable et très appréciée, car les stagiaires qui passent par la 57S sont ou seront affectés aux unités embarquées sur porte-avions. Sur les 2 000 heures de vol réalisées chaque année par la 57S, un tiers sont dévolues aux missions d'instruction VSV.
Formation et contrôle périodique au vol VSV
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| Le Falcon 10M est un biréacteur étonnamment agile. Sa motorisation composée de deux Garret de 1,46 t de poussée chacun, lui procure de bonnes performances notamment à basse altitude en survol maritime. © Marine nationale |
Doté du plus petit des avions de la gamme d'affaire Falcon, la 57S assure la qualification IFR des jeunes pilotes de chasse de l'aéronavale ainsi que le contrôle annuel des qualifications de vol aux instruments des personnels navigants confirmés (renouvellement des cartes VSV). Comme leurs homologues de l'armée de l'Air, les pilotes de la Marine doivent passer les fameuses cartes VSV, un contrôle annuel de vol aux instruments pour les pilotes de combat. L'objectif est de mettre le mode de qualification des personnels en conformité avec les réglementations aériennes civiles. C'est également un atout non négligeable pour la reconversions des pilotes souhaitant travailler dans l'aviation commerciale à l'issue de leur carrière militaire. Sans être un cauchemar, la carte VSV représente toutefois une épreuve délicate pour les pilotes. Jugés par les moniteurs de la 57S sur leur aptitude à piloter aux instruments en mode manuel, ils devront, entre autres, faire face à des pannes simulées d'instruments de navigation, et s'en remettre aux seuls instruments de secours du Falcon 10 MER. Si les conditions météo le permettent, la séance peut même se conclure par des circuits de piste à vue et des touch-and-go pour vérifier aussi la technique d'atterrissage. Quant aux jeunes pilotes, ils suivent une formation théorique et pratique de cinq semaines où ils découvrent toutes les facettes de la circulation aérienne militaire et civile. Au cours de leur passage à la 57S, les stagiaires exécutent six vols initiaux avec plan de vol IFR dont deux en circulation aérienne militaire (basse et haute altitude). Quatre autres séances avec des vols spécifiques sont également programmés avant la fin de l'instruction. Après leur passage à la 57S, chaque jeune pilote rallie sa flottille pour la conversion sur avion d'arme (Super Etendard Modernisé ou Rafale).
Avionique OACI sur Falcon 10 MER
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| De nombreuses modifications ont été apportées pour répondre aux exigences de la norme OACI. Les capacités en radionavigation et les moyens de communication permettent une capacité IFR complète. © Focus Defense |
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Le chantier de modernisation des six Falcon 10 MER Standard 2 a été réalisé à partir de 2006 par la société DFS, filiale de Dassault Aviation. © Focus Defense |
Bête de somme de l'aviation navale depuis plus de 30 ans – un exemplaire, le N° 32, cumule 35 ans d'âge – le Falcon 10 est un avion qui marque en général l'esprit des pilotes. "C'est une excellente plate-forme qui possède un pilotage fin et agréable, parfaitement adaptée à nos besoins du moment", précise le commandant d'unité. Dans ses lignes aérodynamiques comme dans ses performances, le petit jet d'affaire affiche des caractéristiques dignes d'un avion de chasse. A la fois puissant, rapide, simple et robuste (accélération maxi de 3,7g), le biréacteur convient bien à l'instruction au vol sans visibilité, car la prise en main est relativement aisée et les systèmes ne sont pas trop complexes pour les pilotes. Les faibles vitesses d'atterrissage contribuent immédiatement à sécuriser les pilotes. Les plus jeunes qui arrivent des Etats-Unis, sont néanmoins un peu perdus lorsqu'ils passent du T-45 Goshawk équipé d'un viseur tête haute au Falcon 10 MER où les informations de pilotage sont dispersées sur un tableau de bord de 1 m2. Les biréacteurs qui sont à mi-vie de potentiel, ont accumulé plusieurs milliers d'heures de vol. Même si les cellules accusent le poids des ans, les pannes sont assez limitées et souvent bénignes. Un avantage que les mécaniciens civils de Sabena Technics ,chargés de la mise en œuvre des appareils, apprécient quotidiennement.
Les Falcon ont tous été modernisés (Standard 2) entre 2008 et 2009 dans le but de s'adapter toujours davantage aux normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Avec un équipement de base très complet (VOR,DME, TACAN, ADF, ILS, IFF, radiosonde), les avions embarquent des instruments de navigation et de pilotage très performants. Outre l'adoption d'une suite avionique Universel avec écrans couleurs multifonctions et de deux centrales inertielles couplées au GPS (durée d'alignement 1mm), un nouvel écran radar couleur a été installé. Le cockpit est également équipé d'un système de transpondeur TCAS (Traffic Collision Avoidance System) qui signale au pilote tout risque d'abordage en vol avec un autre avion équipé du même système. En cas de collision potentielle, une alerte auditive informe le pilote qu'un autre avion se trouve à proximité. Enfin, le cockpit intègre un système avertisseur de proximité du sol EGPWS qui informe si l'avion se rapproche trop du sol et déclenche à l'attention du pilote une alarme.
Avec cette modernisation, le Falcon 10 MER peu ainsi, sans difficulté, faire des vols de transit au niveau FL 340, (soit une altitude de croisière de 10 350 m) dans le trafic aérien international.
Pour la 57S, les déploiements en tout genre sont monnaie courante. Les avions peuvent être sollicités dans le cadre d'un soutien logistique ou de transport de passagers. De par leurs souplesses d'emploi et leurs capacités de réaction, les Falcon 10 MER sont devenus, aux fils des années, des outils intégrés interarmées dont les états-majors ne sauraient plus se passer aujourd'hui. Dernier exemple en date : le 25 novembre 2011, un Falcon 10 MER participait au convoyage des avions de la Patrouille de France qui rentraient sur Salon-de-Provence après une tournée de démonstration au Moyen-Orient. Un transit vers Aqaba (sud de la Jordanie) a été nécessaire pour rejoindre la PAF qui était en représentation dans ce pays. Quelques jours auparavant, elle participait au salon de Dubaï Air Show ainsi qu'à des représentations au Qatar. "Notre mission consistait à assurer la navigation dans la circulation aérienne civile internationale au profit des dix Alphajet de la PAF", explique le capitaine de corvette Stéphane Crouzier, commandant de l'escadrille 57S. "Nos moyens de navigation et de communication sur le Falcon 10 MER permettaient également de gérer la coordination de l'information entre tous les appareils de la patrouille sur une étape aussi longue". Le Falcon dispose de trois heures d'autonomie à la vitesse de Mach 0,8, ce qui lui offre une allonge de près de 3 000 kilomètres.
Déplacements des hautes autorités et vols plastrons
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Grâce à sa souplesse d'emploi, la 57S peut assurer aussi bien le soutien des flottilles de chasse que le transport de hautes personnalités militaires et civiles. © Focus Defense |
Les missions de l'escadrille ne s'arrêtent pas uniquement aux entraînement IFR puisqu'elle soutient activement l'Etat-Major de la Marine en transportant les hautes autorités militaires des états-majors. En outre, la 57S peut parfois supplée l'ETEC de Villacoublay pour transporter les membres du cabinet présidentiel ou des ministres du gouvernement. L'unité a aussi un rôle important de soutien des forces, notamment en participant à des vols de plastron au profit des Rafale et des Super Etendard des flottilles. Son efficacité dans ce rôle est appréciable par les performances du Falcon 10 MER, un appareil qui peut atteindre une vitesse maximale de 912 km/h. L'unité participe également aux entraînements des navires de la flotte (mission AODO) en simulant des attaques de chasseurs-bombardiers et de missiles de croisière. Elle peut parfois intervenir en coopération avec des avions de la société Apache Aviation qui emportent des équipements de guerre électronique destinés à brouiller les moyens radios et radars des bâtiments de surface. Les missions secondaires sont très variées : vols au profit de la formation des officiers contrôleurs de chasse et d'interception de la Marine ou de l'armée de l'Air, et calibration des radars de navires de combat de la Marine. Notez que le travail de calibrage des radars et installations ILS des bases de l'aéronautique navale est du ressort exclusif du Falcon 20 et ATR 42 de la DGAC.
Si le Falcon 10 MER est moins connu que le Falcon 50M dédié aux missions de surveillance maritime et de service public, il est un appareil très apprécié et qui répond au mieux aux exigences de la Marine.
L'usage très particulier que font les marins de leurs Falcon 10 MER, témoigne bien de la versatilité du petit biréacteur qui tient encore aujourd'hui, une place centrale dans les moyens aéronautiques de la Marine nationale. 
Philippe Nôtre
© Focus Défense/Pressland medias











