Mai 2013


 

 

Contre-amiral Frédéric Jubelin
sous-chef d'état-major "opérations aéronavales" de l'état-major de la Marine.

Le bâtiment de projection et de commandement a été conçu comme un outil de projection de forces peu armé. Quels sont ses atouts mais également ses limites opérationnelles ?

Contre-amiral Frédéric Jubelin

Le BPC a plusieurs cordes à son arc et peut en jouer simultanément. Polyvalent, il se fait parallèlement bâtiment de transport (troupes, véhicules, hélicoptères), bâtiment de projection, bâtiment de commandement, et bâtiment hôpital. Très endurant, spacieux et confortable à la mer, le BPC est commode à manœuvrer et doté d’une remarquable autonomie. En revanche, parce qu’il est peu armé, son escorte rapprochée devient nécessaire dès lors qu’une menace devient potentielle. Par ailleurs, son équipage de conduite est « optimisé », ce qui signifie que le BPC ne peut pas simultanément accomplir toutes les missions dont il est capable sans renfort en personnel.



Lors de l'exercice américain Bold Alligator 2012, l'équipage du BPC Mistral a eu l'occasion de travailler avec la marine américaine. Quels ont été les enseignements de cette collaboration bilatérale ?
Cet exercice interallié de grande ampleur a démontré combien l’intégration d’un BPC dans le dispositif amphibie américain est fluide, presque transparente. Il a aussi servi à vérifier l’interopérabilité concrète avec les outils américains : la batellerie, l'hydroglisseur LCAC (Landing Craft Air Cushion). L’utilité et la plus-value de l’EDA-R (engin de débarquement amphibie rapide) ont été également démontrées pendant cet exercice. Enfin, la dimension aéromobile marquée, désormais, de toute opération amphibie s’est trouvée naturellement facilitée par les performances du BPC dans ce domaine.

Dans le domaine de l'aéromobilité, le BPC constitue une base d'opérations flottante et non d'une simple base de transit. Cela signifie-t-il qu'il pourrait conduire une opération dans la durée ?
Absolument. Il l’a en particulier démontré brillamment lors de l’opération Harmattan au large des côtes libyennes.

Que retenez-vous de l'engagement des BPC Mistral et Tonnerre en Libye, en 2011, au cours de l'opération Harmattan, et quels sont les premiers retours d'expériences ?
Les BPC déployés ont prouvé être de remarquables plateformes aéromobiles extrêmement flexibles: mise en œuvre de raids massifs d’hélicoptères combinant surprise et fulgurance, capacité à durer sur zone par la faculté d’effectuer la maintenance régulière ou de dépannage à bord, etc. : en résumé, un nouveau mode d’action dans la frange littorale. Les capacités de commandement ont également été éprouvées, avec succès. Les systèmes d’information et de commandement ont démontré leur efficacité, l’ergonomie de la zone d’état-major, modulable à volonté, a été prisée. Enfin, le BPC a démontré être une plateforme idéale pour accueillir des plots RESCO (sauvetage de combat) et un hôpital de rôle 2+ avancé (hôpital de campagne).

Harmattan, a permis de valider le couple BPC-GTAM* dans la fonction projection de puissance. Est-ce à dire qu'avec ce vecteur, le BPC a une valeur diplomatique aussi importante que le porte-avions ?
Il convient de raisonner en termes de complémentarité, et non de concurrence. L'opération Harmattan a montré que la projection de puissance n’était pas l’apanage des seules voilures fixes. Il y avait une plus-value évidente, compte tenu des caractéristiques de la zone d’opérations, à engager simultanément des hélicoptères de combat et des chasseurs-bombardiers.

En regardant à plus long terme, dans quel sens le concept du BPC pourrait-il évoluer dans le domaine doctrinal notamment dans le soutien de raids aéromobiles dans la profondeur ?
L’utilisation du BPC pour ce type de mission évoluera tout d’abord avec le développement des drones hélicoptères embarqués, et pas seulement pour les raids aéromobiles destinés à intervenir dans la profondeur d'un dispositif adverse . La capacité à durer sur zone permet un pré-positionnement stratégique dans une zone d’intérêt militaire, sans élever le niveau d’engagement politique.

De quelle manière la tendance aux réseaux centrés et au travail collaboratif interarmées peut-elle avoir un impact sur l'organisation d'un état-major embarqué ?
Le BPC permet de faire cohabiter les diverses composantes de la projection (ALAT, forces amphibies, forces spéciales, état-major). La zone d’état-major modulable permet le travail simultané collaboratif interarmées y compris dans un environnement international ou en coalition.


Avec trois unités en ligne, est-ce que la Marine nationale remplira le contrat opérationnel tel qu'il sera défini par l'état-major des armées dans le cadre de la révision du Livre Blanc ?
C’est une question à laquelle je ne puis vraiment répondre avant sa parution : toutefois, en se référant au Livre Blanc de 2008, qui soulignait le besoin de quatre grands bâtiments amphibies, il faut toujours se souvenir que, quelle que soit la polyvalence ou la mobilité d’une plateforme navale, malheureusement aucun bâtiment n’est doué du don d’ubiquité.


Dans le contexte budgétaire , comment la flotte des BPC va-t-elle évoluer au cours de la décennie, en termes de capacités technico-opérationnelles ?
Sans préjuger des ressources allouées, les BPC offrent de belles perspectives d’évolutivité grâce aux volumes encore libres à bord. La mise en œuvre de drones ne devrait pas poser de problèmes techniques insurmontables pour ces unités. La mise à hauteur des capacités de télécommunications et des réseaux intérieurs est dans l’ordre naturel des choses. En revanche, l’évolution de leur autodéfense serait une amélioration souhaitable, mais d’une toute autre ampleur.



*Groupement tactique aéromobile
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Propos recueillis par Philippe Nôtre




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